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Changement climatique : le champagne fait sa révolution, les vignerons sont partagés

Pinot noir, chardonnay blanc et pinot meunier. C’était la trilogie champenoise historique en matière d’encépagement même si la palette comprend 4 autres cépages, plus minoritaires. C’était car il faut désormais compter sur un petit nouveau : le chardonnay rosé. Une révolution.
Ce nouveau cépage a fait son apparition, cet été, au cahier des charges de l’appellation et peut être planté sur les coteaux. Spécificité de cette variété : c’est une mutation naturelle du chardonnay blanc. Et son berceau est en Champagne comme l’explique Géraldine Uriel, chef du service matériel végétal au Comité Champagne.
« Dans les années 1920, le vigneron champenois le mentionnait déjà dans des collections, explique la spécialiste. Il y avait, à cette époque, des ceps à Rilly-la-Montagne où des viticulteurs passionnés observaient cette variété ».
Renouer avec un patrimoine oublié
En 2022, la Champagne avait déjà fait le choix d’intégrer, à titre provisoire, le Voltis, une variété créée par hybridation pour résister à l’oïdium et au mildiou. « Mais dans le cas du chardonnay rose, l’objectif est de s’adapter avec intelligence au changement climatique tout en renouant avec un patrimoine oublié ».
Géraldine Uriel l’assure, ce n’est qu’une première étape. L’encépagement doit évoluer pour intégrer des variétés résilientes au dérèglement climatique. « C’est un sujet qui va revenir sur la table à plus grande fréquence », souligne-t-elle. Et le consommateur, quel bénéfice va-t-il en tirer ? Au niveau du goût ou des arômes, quel type de champagne cela peut offrir ?
« Il y a fort à parier qu’il ne fera pas la différence entre un chardonnay blanc et un chardonnay rose. Au niveau de la dégustation, ce dernier présente une certaine fraîcheur. Mais c’est l’histoire qu’il raconte qui fait sa singularité ».
Les premières bouteilles expérimentales, produites par le Comité Champagne, seront dégustées, dès aujourd’hui, au VITeff à Epernay, le salon mondial des technologies des vins effervescents. L’occasion sans doute de conquérir le cœur des viticulteurs.
« Un élan de curiosité »
« On pressent déjà une demande de la part des vignerons, qui est sans doute d’abord liée à un élan de curiosité », tempère Géraldine Uriel. Mais pour certains, la nouveauté n’est pas très engageante pour les futurs vins élaborés. Le chardonnay rose présente un vin moins acide et légèrement plus riche en sucres que le chardonnay blanc.
« Je suis sceptique car on a déjà des teneurs en sucre très élevées avec les vagues de chaleur fortess. Ça va complètement à la rencontre des sélections nouvelles au regard du réchauffement climatique », regrette Adeline Bonnet, viticultrice installée dans la côte des Bar (Aube).
Pour autant, certains imaginent déjà le chardonnay rose s’épanouir au cœur des coteaux champenois. C’est le cas du chef sommelier du domaine les Crayères, Florent Levy Bencheton. « L’intégration de cette nouvelle variété dans le cahier des charges de l’appellation va pousser les vignerons à en faire planteur. Ils vont pouvoir créer des cuvées 100 % chardonnay rosé. Ça sera marginal, le chardonnay classique reste ultra-dominant. Mais pour l’anecdote ou pour la curiosité, ce sera des vins qu’on pourra mettre à la carte du Domaine ».
Pour assouvir leur curiosité, les clients devront patienter 7 ou 8 ans, le temps que les vignes poussent et que le breuvage repose en cave le temps nécessaire.











