Blog
De l’agave pour une tequila made in Occitanie à la place des vignes inadaptées au réchauffement climatique

Entre deux parcelles de vignes, elle s’invite dans le paysage de la commune de Valliguières (Gard) : l’agave. Plus coutumiers des terres arides du Mexique que de la garrigue gardoise, près de 2 000 pieds ont été plantés entre juin et septembre par l’équipe du domaine viticole Roc Folassière, propriété de l’une des figures du monde viticole de la vallée du Rhône, la Maison Chapoutier.
« Il s’agit d’une expérimentation comme la maison aime en faire et un pari sur l’avenir. Nous avons décidé de planter ici de l’agave americana dans l’idée de produire notre propre alcool blanc », explique Carel Aubineau, le responsable d’exploitation. Avant de pouvoir espérer en boire la première goutte, il faudra cependant attendre une dizaine d’années, le temps pour l’agave d’arriver à maturité. Son cœur sera alors réalisé et la fabrication de ce qui deviendrait la première tequila gardoise sera lancée.
« Il ne s’agira pas à proprement parler de tequila ou de mezcal car ce sont des appellations mexicaines protégées. Mais nous prévoyons l’appeler la Chapoutila », glisse le viticulteur. Quoi qu’il en soit, en diversifiant ainsi sa production, la Maison Chapoutier cherche à s’adapter tant au changement climatique qu’aux nouvelles tendances de consommation.
« Jusqu’à présent, c’est de la vigne qui poussait sur cette parcelle, sur un terroir de Côte du Rhône Village. Avec les étés toujours plus secs et plus chauds, le sol ne répond plus à nos attentes. Il est à notre sens devenu pauvre, avec peu de rétention d’eau et le rendement des vignes est faible. Les taux d’alcool obtenus sont également de plus en plus élevés avec très facilement des 14 voire 15 %. Cela ne correspond plus aux attentes des consommateurs ».
Objectif diversification
D’où le choix de l’agave pour remplacer cette vigne désormais inadaptée. « Nous aurions pu nous lancer dans l’olive ou la grenade ou encore la pistache mais à condition d’avoir accès à l’eau, ce qui n’est pas le cas sur cette parcelle. L’agave, elle, n’a pas besoin d’être arrosée et puis nous restons dans notre cœur de métier, la production et la vente d’alcool, poursuit Carel Aubineau. Depuis quelques années, la consommation de tequila et encore plus de mezcal sont très à la mode ».
Autant de signaux encourageants pour une filière vin particulièrement malmenée. Cette année, 4 000 hectares de vignes ont ainsi été arrachés dans le Gard, soit 10 % du vignoble. « Diversifier son activité en temps de crise a toujours existé », indique Thierry Pianetti, responsable du pôle production végétale à la Chambre d’agriculture du Gard. « Certains viticulteurs ont par le passé choisi le maraîchage, les plantes aromatiques ou encore l’arboriculture. Aujourd’hui, changement climatique oblige, la tendance est aux agrumes, clémentine en tête ».
Sans tourner le dos au monde du vin qui reste son activité première, la Maison Chapoutier entend planter chaque année un hectare d’agave supplémentaire jusqu’à en atteindre une dizaine. Les plantations seront réparties entre son domaine gardois et celui qu’elle possède à Latour-de-France (Pyrénées-Orientales) où les premières plantations d’agaves ont également eu lieu.











