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« On entend à nouveau l’eau couler» : en Eure-et-Loir, la restauration modèle d’un cours d’eau dégradé

Le secteur classé Natura 2000 abrite l’une des plus vastes roselières de l’Eure-et-Loir. Cloyes-les-Trois-Rivières, près de Châteaudun peut désormais se flatter d’avoir retrouvé toute une portion du Loir jusqu’à présent en perdition écologique. Le Syndicat mixte d’aménagement et de restauration des bassins versants du Loir et de l’Eure amont (SMAR Loir & Eure 28) vient de se voir attribuer, dans la catégorie « Agir pour la résilience des milieux aquatiques », l’un des sept trophées attribués cette année par l’Agence de l’eau. Loire-Bretagne, le plus vaste bassin hydrographique de France, qui s’étend sur 36 départements.
Le projet primé concerne la restauration de la continuité écologique sur le Loir, à Cloyes-les-Trois-Rivières. Il était question de redonner vie à une portion de rivière dont l’état écologique était dégradé par la présence d’ouvrages bloquant la circulation des poissons, la déformation du lit et la pollution aux pesticides. Le SMAR, qui intervient sur près de 500 kilomètres de cours d’eau et 119 communes d’Eure-et-Loir, a mené là sa première opération d’effacement d’ouvrages sur le Loir.
Trois obstacles hydrauliques, d’anciens vannages et de petits barrages de moulins qui ne servaient plus à rien depuis longtemps, ont été purement et simplement supprimés pour permettre à la rivière de retrouver un fonctionnement naturel. Les travaux, engagés en 2022, ont permis de restaurer près de 10 kilomètres de cours d’eau, soit 20 % du linéaire du Loir aval sur la commune.
Sur place, les effets se font déjà sentir. Le Loir, qui stagnait derrière des seuils, a retrouvé un écoulement plus libre et plus vivant. L’eau est redevenue transparente, laissant réapparaître le fond du lit et les galets. Les poissons, disparus depuis des années, ont refait leur apparition. Les roselières se sont densifiées et le bruit de l’eau qui s’écoule à nouveau témoigne du retour de la vie aquatique.
Outre la remise en continuité du cours d’eau, le projet a intégré la gestion des berges et de la ripisylve, la lutte contre les espèces exotiques envahissantes, l’aménagement de zones de pâturage et d’abreuvoirs pour préserver les pratiques agricoles, ainsi que la création de passages pour les pêcheurs.
« Convaincre les propriétaires, ce n’est jamais simple »
Patrick Martin, président du SMAR Loir & Eure 28 a rappelé jeudi en recevant le tophée la dimension humaine du projet : « Le plus difficile, ce n’est pas la technique, mais la confiance. Certains propriétaires ont du mal à voir leur paysage changer, d’autres ne perçoivent que l’intérêt financier de leurs ouvrages. Ils ne pensent qu’à ce qu’ils pourraient gagner s’ils revendent. Convaincre, c’est avant tout faire comprendre que ce que l’on transmet, ce n’est pas seulement un bien, mais un patrimoine naturel. Le côté financier a peu d’intérêt face à l’enjeu climatique et écologique. »
Il évoque notamment le cas d’un propriétaire plus réticent à Cloyes, sensible d’abord à la valeur économique de son site. « Pour ces personnes, c’est plus compliqué, reconnaît-il. Mais d’autres, au contraire, acceptent très vite et comprennent le sens du projet. » C’est le cas d’Hubert Mauroy, septuagénaire et propriétaire du moulin de Battereau, situé sur la parcelle de la Rosière, à Cloyes-les-Trois-Rivières. Sa propriété, d’environ dix hectares, borde le Loir sur un secteur concerné par les travaux. Contacté dès 2020 par le syndicat, il a accepté sans hésiter de participer à l’opération.
« Je n’ai plus à gérer les vannages »
« Ce qui m’a convaincu, c’est de ne plus avoir à gérer les vannages. C’était une charge, et je n’ai plus les moyens humains de le faire. C’est une vraie facilité pour moi et, en plus, la qualité de l’eau et du paysage s’est améliorée. Avant, on n’entendait pas l’eau, maintenant on l’entendait à nouveau », raconte-t-il.
L’opération, d’un coût total de 196 000 euros, a été financée majoritairement par l’agence de l’eau Loire-Bretagne, avec le soutien du département et de la région. « Je n’ai rien eu à faire, souligne M. Mauroy. Le syndicat s’est débrouillé pour monter le dossier et trouver les financements. » Jean-François Bridet, conseiller régional, était également présent pour saluer le travail du syndicat et la mobilisation des acteurs locaux. Il a rappelé la responsabilité des propriétaires dans la préservation des écosystèmes.
« En France, on met souvent en avant le droit de propriété. C’est essentiel, bien sûr. Mais quand on est propriétaire de lieux qui sont des écosystèmes, il y a aussi des devoirs. Celui de permettre à la vie de s’épanouir. C’est aussi important que le droit de propriété. On retrouve ce débat ailleurs, at-il ajouté, notamment en Sologne, où certains propriétaires doivent accepter de laisser les espèces évoluer librement. Ici, on voit que c’est possible, quand il ya dialogue et confiance. »











