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« Ça fait peur… » : cyanure et arsenic détectés dans une nappe phréatique du bassin minier

Le paysage est typique du bassin minier. Un monticule noir, de grands tubes qui crachent des volutes de fumée. Aux alentours de Mazingarbe (Pas-de-Calais), terrils et usines témoignent du passé industriel du territoire. Une histoire ancrée jusque dans le sol… Si bien que la pollution de celui-ci refait surface aujourd’hui. Des traces de cyanure, d’arsenic, d’ammonium, de nitrates et de sulfates ont été retrouvées dans les eaux souterraines. Une nouvelle qui inquiète, dans une région déjà traumatisée par le scandale Metaleurop (cas de saturnisme détectés auprès des riverains de l’ancienne fonderie).
Les habitants des communes de Mazingarbe, Noyelles-lès-Vermelles et Vermelles en ont été informés fin mai 2025. Les activités de l’usine chimique Maxam (ex GPN), fermée en 2021, et des Charbonnages de France « sont à l’origine des pollutions constatées », écrit la préfecture dans un courrier spécifié aux riverains. Celui-ci souligne la nécessité de « prévenir les risques liés à l’utilisation de l’eau de la nappe, notamment comme ressource en eau potable ».
3 000 parcelles concernées
Sandrine, 56 ans, file sur sa trottinette électrique dans les rues de Mazingarbe. Elle n’a pas souvenir d’une missive officielle. « Mais j’ai vu ça sur Facebook, affirme-t-elle. Apparemment, l’eau n’est pas correcte. On n’ose plus la boire au robinet ». Elle n’est pas la seule à être dans le flou parmi les habitants. « Ça fait peur… », « Nous sommes empoisonnés (…) c’est un scandale », « Des terrains privés sont-ils concernés ? », peut-on lire sur les réseaux sociaux.
Laurent Poissant, le maire de Mazingarbe, appelle à « ne pas confondre eau potable et eau du robinet ». « L’eau que l’on a au robinet sur Mazingarbe est captée dans la rivière de la Lys », précise l’édile. Ceux qui risquent d’être exposés aux polluants sont donc « les personnes qui seraient susceptibles de puiser de l’eau dans un puits ». Un peu plus de 3 000 parcelles sont concernées sur les trois communes – « quasiment uniquement des agriculteurs ». « Ceux qui ont un puits dans le périmètre doivent simplement faire attention à l’usage qu’ils en font », explique le maire.
L’eau du robinet pas contaminée
Dans sa ferme, Isabelle, 56 ans, produit du lait et cultive des pommes de terre. Elle utilise l’eau de la nappe phréatique pour ses bêtes et ses cultures. « On puise à 20 ou 30 mètres et apparemment, les problèmes sont plus profonds, c’est plutôt vers 50 mètres », croit-elle avoir compris, sans en être certaine.
Elle n’a pas pu se rendre à la dernière réunion organisée sur le sujet et se envoyé « mal informée » même si elle n’est « pas inquiète » et continuer à utiliser l’eau selon ses habitudes. Surtout, elle est résignée : « On a toujours habité ici, donc s’il ya un problème… C’est trop tard pour s’en rendre compte ».
Les conséquences de l’usage de l’eau polluée pour hydrater les animaux et les cultures, Laurent Poissant n’en sait pas grand-chose non plus. « Bonne question, puisque ça fait des années qu’elle est utilisée », s’interroge-t-il. Ce mercredi 22 octobre et jusqu’au 25 novembre 2025, une enquête publique s’ouvre sur les communes de Mazingarbe, Noyelles-lès-Vermelles et Vermelles. Parmi ses objectifs : « établir de potentielles restrictions par la suite », grâce à des « servitudes d’utilité publique » (SUP).
Contactées, la préfecture du Pas-de-Calais et la Direction régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement n’ont pas répondu à nos questions.











