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“Ce sera vraiment catastrophique” : l’inquiétude sur la bulle IA se propage de Wall Street à la Silicon Valley

La bulle IA fait trembler l’industrie tech : institutions financières et géants du secteur tirent la sonnette d’alarme © photoschmidt, Shuttershock
Les chiffres donnent le vertige : les sociétés liées à l’IA ont généré 80 % des gains boursiers américains cette année, rapporte la BBC, et les dépenses mondiales devraient atteindre 1 500 milliards de dollars avant la fin 2025, estime le cabinet Gartner. Devant une telle concentration de capitaux, les voix d’alarme se multiplient. Lors d’une conférence au Computer History Museum, Jerry Kaplan, entrepreneur qui a traversé quatre bulles spéculatives, a lancé un avertissement glacé :
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Quand (la bulle) éclatera, ce sera vraiment catastrophique, et pas seulement pour les acteurs de l’IA. Cela va entraîner le reste de l’économie dans sa chute.
L’homme s’inquiète particulièrement de l’ampleur des capitaux en jeu, infiniment supérieure à celle de la bulle internet des années 2000.
Un écheveau financier préoccupant
Au cœur des inquiétudes : ce que certains appelants du « financement circulaire ». OpenAI, valorisée à 500 milliards de dollars sans jamais avoir dégagé de profit, incarne ce paradoxe. L’entreprise a conclu un accord à 100 milliards avec Nvidia, qui est déjà son investisseur. Elle achète également du matériel à AMD pour des milliards, faisant présentement de ce concurrent de Nvidia l’un de ses principaux actionnaires.
Nvidia lui-même détient des pièces dans CoreWeave, fournisseur d’infrastructures d’OpenAI. Microsoft et Oracle complètent cette toile d’interdépendances financières. Oracle s’est d’ailleurs engagé dans un contrat de 300 milliards de dollars avec OpenAI, tandis que le projet Stargate à Abilene, au Texas (annoncé à la Maison-Blanche lors de la première semaine du mandat de Donald Trump) voit ses ambitions s’amplifier de mois en mois.
Nvidia ressemble au dernier prêteur ou investisseur. Qui d’autre a actuellement la capacité d’investir 100 milliards de dollars dans une autre entreprise ?
L’analogie avec Nortel, ce géant canadien des télécoms qui s’était effondré après avoir artificiellement gonflé la demande en finançant ses propres clients, hante désormais les conversations. « Les investisseurs tentent d’obtenir leur part du gâteau ChatGPT »analyse Rihard Jarc, fondateur de la newsletter UncoverAlpha. Ces mécanismes, où l’argent circule en vase clos entre investisseurs et clients, créent l’illusion d’une demande organique tout en masquant la fragilité structurelle du système.
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Des infrastructures pharaoniques dans le désert
OpenAI cherche à lever 500 milliards de dollars pour construire un complexe de 10 gigawatts au Texas d’ici la fin de l’année. Des projets d’une ampleur inédite qui soulèvent une question dérangeante : que deviendront ces cathédrales technologiques si la bulle explose ? Kaplan évoque « d’énormes centres de données dans des endroits reculés comme les déserts, qui finiront par rouiller et contaminer l’environnement, sans personne à qui demander des comptes ».
Vue aérienne d’un site Stargate d’OpenAI. Le projet, soutenu par Oracle et SoftBank, matérialise les centaines de milliards de dollars investis dans les infrastructures d’intelligence artificielle. © OpenAI
Les institutions tirent la sonnette d’alarme
Les avertissements ne proviennent plus seulement d’entrepreneurs échaudés. La Banque d’Angleterre, le FMI et Jamie Dimon, patron de JP Morgan, ont tous exprimé leurs réserves. Ce dernier a été confié à la BBC que « le niveau d’incertitude devrait être plus élevé dans l’esprit de la plupart des gens ».
Sam Altman, PDG d’OpenAI, concède que « de nombreux aspects de l’IA sont effectivement un peu bulleux en ce moment »tout en affirmant qu’« il se passe quelque chose de réel » avec son entreprise. Un double discours qui ne surprend guère : comme nous l’analyses récemment, Altman joue à la fois les pyromanes et les pompiers de cette bulle spéculative.
Il est très difficile de temporiser une bulle. On ne peut affirmer avec certitude qu’on en traversait une qu’après son éclatement.
Cette impossibilité épistémologique rend le débat d’autant plus précaire. Reste un espoir : comme le note Jeff Boudier de Hugging Face, « l’internet a été construit sur les cendres du surinvestissement dans les infrastructures télécoms d’hier ». Si bulle il ya, elle pourrait au moins légèreguer des infrastructures exploitables. À condition que le krach ne soit pas si dévastateur qu’il anéantisse toute capacité d’innovation pour des années.
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