Conseils pour Économiser de l'Énergie

«Cette île aurait dû avoir depuis longtemps des moyens de stockage supplémentaires» : des robinets coupés la nuit en Corse face à la pénurie d’eau

«Cette île aurait dû avoir depuis longtemps des moyens de stockage supplémentaires» : des robinets coupés la nuit en Corse face à la pénurie d’eau

Plus une seule goutte d’eau entre 22h30 et 6 heures. Depuis ce lundi et jusqu’à nouvel ordre, 4 300 Corses de l’extrême-sud de la Corse vivent au rythme des coupures nocturnes, dans certains secteurs de Bonifacio, Porto-Vecchio et Ribba.

La ressource en eau a atteint un niveau critique dans la microrégion. Fin septembre, les barrages de l’Hôpital et de Figari, principales sources d’approvisionnement de neuf communes, accusaient un taux de remplissage dangereusement bas : 19 % seulement. Depuis, différentes restrictions ont été mises en place par la préfecture de Corse et les municipalités, comme l’interdiction du lavage des véhicules en gare, du nettoyage des façades, de l’arrosage des terrains de sport…

Des mesures insuffisantes qui ont poussé les autorités à aller plus loin face au risque de pénurie : couper l’eau dans les zones en tension. « Voilà 50 ans qu’on nous alerte sur le sujet, mais certaines personnes, égoïstement, n’en tiennent pas compte, réagit Virginie, habitante de Bonifacio. Aujourd’hui, nous voilà forcés de subir ces restrictions. Il faut que les comportements changent. »

Une situation « aberrante dans l’île de Méditerranée où il pleut le plus », selon Jean-Charles Orsucci, maire de la commune. « Cette île aurait dû avoir depuis longtemps des moyens de stockage supplémentaires, estime l’édile. Il va falloir se mettre au travail et trouver une solution. » Mais l’heure est d’abord à la gestion de crise. Les coupures d’eau et les demandes répétées à la population de réguler sa consommation semblent enfin porter leurs fruits.

80 jours d’autonomie

Fin septembre, la production d’eau quotidienne pour la microrégion s’élève à 31 000 m3. Samedi, avant la mise en place des coupures, elle atteignait 17 700 m3. Ce mercredi, elle plafonnait à 14 300 m3, passant sous la barre des 15 000 m3, seuil de référence pour un maintien de la ressource. À ce jour, les services de l’État évoquaient « un peu plus de 80 jours d’autonomie ».

Pour autant, la vigilance reste de mise : « Les vacances scolaires arrivent, c’est une période importante. Selon les prévisions, nous n’aurons pas de pluies significatives avant début novembre, indique Jérôme Salvi, directeur général de la Société des Eaux de Corse, filiale de Kyrnolia en charge de la potabilisation et de la distribution. La situation est inédite et il faut continuer à sensibiliser. »

Pour expliquer l’origine de la crise, les services préfectoraux évoquent « une année exceptionnelle » en termes de sécheresse, avec des enregistrements enregistrés dès le mois de juin. Ange De Cicco, directeur de l’office d’équipement hydraulique de la Corse (OEHC), gestionnaire des barrages, souligne également une augmentation de 16 % du volume d’achat d’eau brute aux fins de potabilisation entre 2023 et 2025. « Nous avons alerté tous les acteurs dès la fin du mois de mai, lors d’un comité de ressource en eau. Des arrêtés préfectoraux ont été pris lorsque cela a été nécessaire, mais ils n’ont malheureusement pas été suivis d’effets », déplore le directeur.

À l’horizon 2028, un rehaussement du plan d’eau du barrage de Figari est prévu : un projet qui devrait augmenter la capacité de stockage de 2 millions de m3. Malgré une croissance démographique dynamique et une forte activité touristique, aucun nouvel ouvrage hydraulique majeur n’a vu le jour sur l’île depuis 2002.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *