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Climat : le monde reste sur une trajectoire de réchauffement catastrophique

À deux jours de l’arrivée des dirigeants mondiaux à Belem pour la COP30, le bilan est tombé. Les engagements des pays dirigent le monde vers un réchauffement de 2,5 °C, très au-delà de ce préconisait l’accord de Paris, qui visait un réchauffement climatique limité à + 1,5 °C. L’ONU a sonné l’alerte mardi.
Le réchauffement est attendu entre 2,3 °C et 2,5 °C au cours de ce siècle, si les feuilles de routes climatiques des pays sont intégralement mises en œuvre, selon les calculs de l’ONU Environnement (PNUE) publiés avant la 30e conférence sur le climat des Nations unies dans la ville amazonienne de Belem, au Brésil.
Les chefs d’État et de gouvernement, réunis par le président brésilien Lula jeudi et vendredi, seront confrontés à leur échec collectif à tenir, pour l’instant, les objectifs de l’accord de Paris.
« Notre mission est simple, mais pas facile : il nous faut faire en sorte que tout dépassement soit aussi faible et aussi bref que possible », a réagi Antonio Guterres, le secrétaire général de l’ONU, qui a dans un entretien à l’AFP en septembre a concédé que l’objectif de 1,5 °C était « sur le point de s’effondrer ».
Il appelle à « réduire à zéro les émissions nettes de gaz à effet de serre » d’ici 2050 pour espérer « ramener l’augmentation de la température en dessous de 1,5 °C mondiale d’ici à la fin du siècle ».
Toujours plus de combustion d’énergies fossiles
Le monde continue à brûler toujours plus de pétrole, de gaz et de charbon, ce qui a conduit à une augmentation très forte (+ 2,3 %) des émissions de gaz à effet de serre en 2024, selon le nouveau rapport.
Les principaux responsables de la hausse, en valeur absolue, sont l’Inde et son 1,46 milliard d’habitants, suivis par la Chine, la Russie et l’Indonésie. Les émissions de l’Union européenne ont continué à reculer mais celles des États-Unis ont arrêté de baisser (+ 0,1 %).
Une minime par rapport à l’an passé
La nouvelle fourchette de température publiée mardi montre une d’environ 0,3 °C par rapport à l’an dernier mais bénéficie également de changements méthodologiques (de l’ordre de 0,1 °C).
Elle inclut les engagements américains formalisés sous Joe Biden, qui sont donc en réalité caducs (pour encore 0,1 °C). Les nouvelles promesses des pays ont « à peine fait bouger le curseur », selon l’ONU.
Une inaction quasi collective
« L’ambition et l’action ne sont pas du tout aux niveaux nécessaires dans le monde et collectivement », a dit à l’AFP Anne Olhoff, responsable scientifique du rapport. Ces nouvelles estimations se fondent sur les feuilles de route 2035 que les pays devaient publier avant la COP30 (10 au 21 novembre), une obligation de l’accord de Paris. Mais moins d’un tiers des nations l’ont fait à temps.
Sur la seule base des politiques actuelles, donc sans tenir compte des engagements à faire mieux, le réchauffement irait jusqu’à 2,8 °C (contre 3,1 °C l’an dernier), calcule l’ONU.
Un scénario de dépassement « temporaire et minimal »
Dans un autre rapport publié la semaine dernière, l’ONU avait eu du mal à quantifier l’effet des plans climatiques nationaux, faute de données, estimant la baisse des émissions à -10 % dans la prochaine décennie par rapport à 2019, au lieu de 60 % nécessaires. La conclusion était la même : la trajectoire de Paris est loin d’être en vue.
L’ONU parle donc désormais ouvertement d’un scénario de dépassement « temporaire et minimal ». Cet « overshoot » supposerait de freiner très fortement les émissions mais aussi d’absorber des quantités industrielles de CO2 dans l’atmosphère, de manière naturelle (forêts) ou en ayant recours à des technologies de captage, aujourd’hui marginales et peu matures.
Chaque fraction de degré compte
Sans que ce soit idéal : les scientifiques insistent sur le fait que chaque fraction de degré de déclenchement augmente l’intensité des cyclones et des canicules, et réduit les chances des coraux de survivre.
« Nous avons encore besoin de réductions sans précédent des émissions de gaz à effet de serre, dans un délai de plus en plus court, dans un contexte géopolitique difficile », résume Inger Andersen, cheffe de l’ONU Environnement.











