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J’ai payé pour qu’on m’enlève mon smartphone pendant 2h (Ep. 2/5)

Chaque matin, je me réveille avec mon smartphone. En même temps, comme une majorité de personnes en 2025, je n’ai pas de réveil-matin. C’est donc au son de mon cher téléphone que je commence ma journée. Puis, tant que j’y suis, je regarde la météo pour savoir comment m’habiller. De fil en aiguille, j’arrive vite sur WhatsApp et/ou Instagram. Ce schéma en dit assez sur la place des écrans dans mon quotidien. Si j’ai beau me rassurer en me disant que je ne suis pas la seule dans ce cas, le problème est pourtant bel et bien là.
Dans ma quête d’une relation plus saine avec mon téléphone, les réseaux sociaux et les écrans, je vous embarque dans une expérience déconnectée sur plusieurs mois. Pour me lancer dans cette aventure, je me suis intéressée aux soirées organisées par le Offline Club. Alors qu’elles rencontrent un vif succès à Londres, elles débarquent tout juste dans l’Hexagone. Le principe est assez simple : contre 9 euros, les participants laissent leur téléphone au vestiaire pour se reconnecter avec eux-mêmes, rencontrer de nouvelles personnes et créer des connexions authentiques, non polluées par les écrans. Sur le papier, l’idée est bonne. Mais qu’en est-il en réalité ? J’ai tenté l’expérience. Pouvoir me séparer de mon téléphone pendant deux heures, cela semble être dans mes cordes. Non ?
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Une expérience déroutante mais qui fait du bien
Payer pour passer deux heures sans son smartphone, il y a de quoi laisser de nombreuses personnes perplexes, voire moqueuses. C’est vrai, en théorie, on pourrait juste rester chez nous, prendre un bouquin ou sortir une toile et de la peinture, et basta. Mais en vérité, nous avons besoin de notre téléphone pour tout. Même quand je m’offre des moments sans lui, il n’est jamais bien loin. Rien que pour mettre de la musique sur mon enceinte, ou pour regarder l’heure. Au moins, quand il est dans un casier comme c’est le cas dans ces soirées dédiées, il est totalement hors de portée.
C’est ainsi que je débarque dans un petit café parisien, prêt à abandonner mon smartphone pendant deux heures. Quelques instants après l’avoir enfermé dans son petit casier, j’ai le réflexe de le chercher pour prendre en photo ledit casier afin d’illustrer mon article. Ah… Cela risque d’être plus dur que prévu.
Ce qui est dommage, c’est que les 9 euros d’entrée ne prennent pas en compte une boisson. Si tel était le cas, j’aurais jugé cela plus pertinent. Mais nous et reviendrons.

Dans ce petit café à l’ambiance feutrée et confortableje cherche un lieu pour profiter de la première heure qui est consacrée à un temps pour soi. La disposition du café est telle que je suis sommée de m’installer à la table d’un jeune homme. Si je le savais déjà, il va vraiment falloir sortir de ma zone de confort. Mais j’ai une heure pour me préparer mentalement. Je dors mon carnet, mon stylo, et ma liseuse. Je suis parée.
Entre quelques notes furtivement gribouillées, je relève la tête et j’observe ce qui se passe autour de moi. Certaines personnes lisent, d’autres sont penchées sur un carnet, comme moi, tandis qu’un homme est même venu avec sa guitare, qu’il gratte assez faiblement. L’ambiance est douce et chaleureuse et j’aime voir tous ces gens dans ces activités en tout genre. Je tends l’oreille et je réalise que des participants ont déjà pris les devants et discutent avec leurs partenaires de table. De mon côté, j’apprécie d’avoir un peu de temps pour moi et me plonge dans mon livre avec joie sans culpabiliser. C’est assez rare pour le souligner.
Puis vient le moment tant attendu : celui où il va falloir discuter avec les autres. Un membre du Offline Club nous indique que la première heure est passée. En face de moi, le jeune homme pose son livre et se lance. C’est assez déroutant, d’autant qu’il ne parle pas français. Décidément, ce soir, je dors de ma zone de confort de deux manières différentes. Contrairement à ce que j’aurais pu penser, la discussion est assez fluide et très rapide, on choisit de s’incruster à une grande tablée à côté de nous qui dispose de cartes nous poussant à nous interroger sur notre rapport aux écrans et à faire connaissance avec nos camarades. Là encore, il va falloir que je soigne mon anglais car mes amis d’un soir viennent de tous les horizons. Russie, Inde, Bulgarie, France… Nous avons 19, 23, 28, 35, 41, 57 ans, et nous parlons de tout. J’ai l’impression que les discussions sont plus profondes, car chacun écoute plus attentivement l’autre. Sans qu’une paire d’yeux se pose furtivement sur un écran en catimini.
Finalement, le temps passe à toute vitesse. Je jette un œil à ma montre : il est 20h20. L’événement est censé être terminé depuis 20 minutes mais personne ne semble l’avoir remarqué et seulement une personne a quitté les lieux. Les organisateurs ne paraissent pas pressés de couper tout ce beau monde dans cet élan de connexion authentique, et c’est sûrement une bonne chose. Pour ma part, je suis en retard. J’ai rendez-vous dans 10 minutes à plus de 30 minutes d’ici. Sans mon téléphone, je suis dans l’incapacité de prévenir la personne que je dois rejoindre. Tant pis, je l’appellerai en sortant. C’était comme ça, à l’époque, non ?

C’est donc le moment de dire au revoir à mes compagnons déconnectés et « amis » d’un soir. Mine de rien, et même si nous ne sommes pas échangés nos contacts, j’ai senti un lien fort entre nous. Jamais je n’aurais rencontré ni échangé avec ces personnes dans d’autres circonstances. C’est aussi ça qui fait du bien.
Le luxe de la déconnexion
En sortant de cette soirée « smartphone interdit », je me sens plus en phase avec le monde réel et plus ancrée dans le moment présent que jamais. C’est cliché ? Peut-être. Ainsi, j’ai envie de lâcher un peu plus mon téléphone, de prendre des bonnes habitudes et de m’y tenir. C’est paradoxal, car j’écris mes dernières notes sur mon smartphone. Sortir mon carnet et mon stylo dans le métro me paraissait trop ambitieux.
Si j’étais circonspect par le concept, cette soirée sans smartphone est convaincante. Néanmoins, je tique sur le prix à payer pour s’offrir deux heures de calme sans téléphone. Presque 10 euros, sans boisson comprise, cela me semble un peu excessif. D’autant que le Offline Club ne fournit pas de jeux de société ou le matériel pour ceux qui désirent faire une activité manuelle. C’est assurément le gros point faible de ce concept et qui fait des soirées sans smartphone « un truc de richesses ». Il y a des manières plus accessibles de se déconnecter même si, je l’admets, le concept est très efficace.
Malgré le coût trop élevé de ces soirées sans smartphone, je ne regrette absolument pas l’expérience qui pousse à sortir de sa zone de confort, cette bulle si agréable dans laquelle on aime se pelotonner. Si passer deux heures sans son téléphone n’a rien d’insurmontable, cela risque d’être plus compliqué sur tout un week-end. C’est pour cette raison précise que j’ai décidé d’embarquer quelques collègues dans cette expérience déconnectée. Direction la Normandie sans smartphone, sans Waze ni Spotify pour nous accompagner sur la route, sans Google Maps pour nous aider à trouver un bon café ou un restaurant qui en vaut la peine, sans WhatsApp pour communiquer avec nos proches et sans Google pour vérifier quelque chose au détour d’une conversation. Juste nous. On continue la digital detox dans le prochain article de cette série.
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