Blog
« La vie et l’œuvre » de Marcel Proust invoquées pour rejeter pour rejeter un projet de parc éolien en Eure-et-Loir

Pas d’éoliennes supplémentaires au pays de Marcel Proust. La cour administrative d’appel de Versailles a débouté le « producteur indépendant d’électricité renouvelable » H2Air, qui l’avait saisie après s’être vu refuser le droit d’implanter quatre éoliennes à Dangeau (Eure-et-Loir) non loin des paysages décrits par l’écrivain Marcel Proust (1871-1922) dans son roman « A la Recherche du Temps perdu ».
La société Éoliennes des Asters, filiale de H2Air, basée à Amiens (Somme), avait pourtant reçu un avis favorable de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites (CDNPS) d’Eure-et-Loir mais le commissaire-enquêteur avait lui émis un avis négatif à terme de l’enquête publique qui s’était tenue en avril et mai 2023.
Pour dire non à ce nouveau projet d’éoliennes, le préfet d’Eure-et-Loir avait en fin de compte retenu que ce parc allait s’implanter « dans une zone relativement dépourvue d’éoliennes » puisque le plus proche est « à 4,6 km » à l’est et que les autres sont « à plus de 10 km ». Du fait de cet « isolement », l’implantation de quatre nouvelles éoliennes allait, redoutait-il, « contribuer au mitage des paysages » locaux.
Hervé Jonathan avait également fait remarquer que le projet de H2Air se situait entre les vallées de l’Ozanne, du Loir et de la Foussarde, un espace « marqué par un paysage d’openfield encore très ouvert ». Il se trouve « à l’interface entre la Beauce et le Perche », un secteur où « la végétation, le bâti et les éléments patrimoniaux » sont des « points de repère » dans le paysage. Le préfet d’Eure-et-Loir avait enfin souligné « l’intérêt écologique, touristique et patrimonial » de cette « entité paysagère » qu’est le Perche-Gouët.
Non loin de la maison de Tante Léonie
« Le juge apprécie le paysage et les atteintes qui peuvent lui être portées en prenant en considération des éléments présentant des dimensions historiques, mémorielles, culturelles ou artistiques, y compris littéraires », commence d’ailleurs par rappeler la cour administrative d’appel de Versailles dans un arrêt du 22 septembre 2025 qui vint d’être rendu public.
De fait, notent les juges versaillais, ce projet est « situé au sein d’un secteur patrimonial et touristique fort du département de l’Eure-et-Loir, constitué de la vallée du Loir, des communes de Bonneval, d’Illiers-Combray, d’Alluyes et de Saumeray ». Illiers-Combray, où le futur écrivain Marcel Proust a passé son enfance dans la maison de Tante Léonie, est d’ailleurs classé comme Site patrimonial remarquable (SPR) : ce classement « trouve son fondement dans la protection et la conservation de paysages étroitement liés à la vie et à l’œuvre de Marcel Proust », rappelle la cour administrative d’appel de Versailles.
Bonneval est d’ailleurs « en cours de classement au même titre ». Ou bien, le parc serait en « covisibilité » avec « la silhouette du bourg d’Illiers-Combray ». Il y aura aussi, représentant les magistrats, « un impact modéré » sur le chemin de grande randonnée qui relie Illiers-Combray à Bonneval et sur le dolmen de Quincampoix, un site classé « privilégie notamment par des cyclotouristes ou des randonneurs pédestres ». Il serait un « point d’appel visuel perturbant pour l’observateur », comme l’avait redouté l’Unité départementale de l’architecture et du patrimoine (UDAP) d’Eure-et-Loir.
Un « impact visuel fort » était aussi à redouter sur les anciennes communes de Bullou et Mézières-au-Perche, désormais fusionnées avec Dangeau, et sur les villages du Petit Boissay, de Boissay, de la Tremblaye, de Néron et de la Folie. « Les mesures de compensation proposées par la société (..) ne sont pas de nature à réduire suffisamment les impacts » mentionnées, conclut la cour administrative d’appel de Versailles. Des « arbres de haut jet », des « haies » et des « bosquets » devaient pourtant être plantés par le porteur du projet.
Ce n’est pas la première fois que l’héritage de Marcel Proust est exploité localement devant la justice : en 2023, le Conseil d’État avait censuré un projet de parc éolien, prévu à Montigny-le-Chartif et Vieuvicq, précisément pour ce motif. En 2017, le propriétaire du manoir de Mirougrain avait également tenté de contester le projet de déviation de la D921 à Illiers-Combray en faisant valoir sa « qualité d’amateur de l’œuvre littéraire de Marcel Proust ». Et, en mai 2024, trois habitants du village des Dauffrais avaient combattu un projet de méthaniseur à Illiers-Combray : ils y voyaient, eux aussi, une atteinte aux « paysages » décrits par Marcel Proust dans « A la Recherche du Temps perdu ».











