Blog
l’affaire Nexperia, un électrochoc pour toute l’Europe


Les semi-conducteurs sont devenus une arme diplomatique depuis la guerre commerciale sino-américaine de 2018lorsque Washington a commencé à restreindre les exportations de technologies avancées vers la Chine. Il semble que l’Europe s’aperçoive visiblement un peu trop tard.
C’est un petit État du Vieux Continent, les Pays-Bas, qui vient d’en mesurer le prix. Fin septembre, La Haye a placé le fabricant de semi-conducteurs Nexperia sous contrôle public, après avoir découvert que son PDG chinois transférait des secrets industriels et du matériel de production, tout en planifiant le démantèlement des équipes européennes au profit d’usines chinoises appartenant au groupe Wingtech. Une autre définition du concept de « coopération industrielle »…
Nexperia : l’affaire qui expose la naïveté technologique de l’Europe
Fondée en 2017 à partir d’une ancienne filiale de Philips, Nexperia n’est pas également révélé médiatiquement que certains autres géants comme TSMC (Taiwan Semiconductor Manufacturing Company) ou Samsung Electronics. Elle n’en demeure pas moins une entreprise européenne d’importance capitale. L’entreprise est un leader mondial des semi-conducteurs dits « standards » (transistors, diodes, puces logiques) qui, bien que basiques, sont produits en très grandes quantités et sont essentiels au fonctionnement de presque tous les appareils électroniques : voitures, téléphones, téléviseurs, appareils connectés, etc.
Depuis 2019, Nexperia appartient à Wingtech Technology, un conglomérat chinois étroitement relié à la politique industrielle de Pékin. L’entreprise, passée sous contrôle chinois sans réelle opposition européenne, a vu son PDG, Zhang Xuezheng, organisateur sous le manteau un transfert de nombreux moyens de production vers la Chine : 40 % du personnel européen sur la sellette, un centre de R&D à Munich menacé, et déjà, des transferts de données sensibles depuis le site britannique de Manchester vers des usines du groupe en Chine. Plans de circuits, réglages de machines, procédés de fabrication : un véritable siphonnage !
La Haye a donc réagi le 30 septembre et le gouvernement néerlandais a placé Nexperia sous tutelle publiqueinvoquant des « défauts de gouvernance ». La réaction chinoise ne s’est pas fait attendre : le 4 octobre, le ministère du Commerce à Pékin a immédiatement bloqué les exportations des produits de Nexperia fabriqués en Chine, paralysant temporairement les chaînes d’approvisionnement de constructeurs automobiles européens, américains et japonais.
Notons tout de même la passivité dont a fait preuve l’Europe dans cette histoire, qui s’émeut aujourd’hui de ce transfert, qu’elle s’est elle-même autorisée au nom du libre-échange. Les Pays-Bas, chantres du marché ouvert et des accords de coopération « gagnant-gagnant », ont fini par découvrir que les dés étaient pipés. En quelques semaines, un des pays les plus libéraux du continent est passé du laisser-faire au contrôle d’État, preuve que la foi dans le marché s’évanouit dès que Pékin montre les crocs.
Les Pays-Bas viennent finalement de réaliser ce que Bruxelles refuse d’admettre : Pékin entend diriger la course mondiale aux semi-conducteursnon y participer. Son industrie avance au pas rapide d’un plan quinquennal, quand l’Europe en est encore à se demander qui doit présider son comité sur la souveraineté numérique. Deux salles, deux ambiances, et entre les deux, l’affaire Nexperia, qui est la preuve même qu’il est impossible d’établir une quelconque « coopération » entre un État aussi puissant que la Chine et un continent complètement désuni.
- Les autorités néerlandaises ont repris le contrôle de Nexperia après avoir découvert des transferts massifs de technologies et de production vers la Chine.
- L’affaire révèle la dépendance industrielle européenne et le manque de vigilance face à la stratégie planifiée de Pékin.
- En réagissant tardivement, les Pays-Bas illustrent le réveil brutal d’une Europe qui se rend compte que la souveraineté technologique ne se délègue pas.
📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron aucune, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.











