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Ouragan Melissa : la Jamaïque face à des vents titanesques, jusqu’à 407 km/h mesurés et de premiers dégâts

Les alertes laissaient craindre le pire et indiquaient, depuis plusieurs heures, jours même, que Melissa allait frapper la Jamaïque avec une violence rare. L’ouragan, qui avait déjà fait sept morts (3 en Haïti, 1 en République dominicaine et 3 sur l’île caribéenne avant de la toucher directement), était redouté autant par sa puissance extrême — classée 5 l’intensité la plus forte sur l’échelle de Saffir-Simpson, celle qui classe les ouragans — que par sa vitesse relativement faible, environ 6 km/h. « Plus il se déplace lentement, plus les dégâts sont importants puisqu’il reste plus longtemps sur une région », résume Guillaume Séchet, météorologue et créateur du site Meteo-villes.com, consulté par Le Parisien.
À peine le cyclone tropical, boosté par le réchauffement climatique, avait-il atteint les côtes sud-ouest de la Jamaïque à New Hope, que les dégâts et quelques records effrayants s’accumulaient. Des images de montées d’eaux et d’inondations impressionnantes, de toits envolés ou d’arbres arrachés, étaient rapidement partagées sur les réseaux sociaux malgré des pannes d’Internet et d’électricité en cascade. Dans le port de Kingston, à plus de 120 km de là, les vagues, elles, étaient de plus en plus fortes même si la capitale semblait moins touchée que le nord-ouest du pays. « Il y a beaucoup de vent, les cocotiers se balancent et les lignes électriques tremblent », observe Damion, un biologiste résidant à Kingston contacté par Le Parisien.
Les inondations « pourraient entraîner le déplacement des crocodiles »
Les autorités jamaïcaines recevaient des rapports faisant état de « graves dommages aux infrastructures publiques, aux hôpitaux et aux lieux sûrs », avec de nombreuses maisons « inondées », selon Matthew Samuda, ministre de l’Eau, de l’Environnement et du Changement climatique. Des torrents de boue se déversaient vers Santa Cruz, au Nord-Ouest. L’autorité régionale de santé du sud-est avertissait les résidents que les fortes pluies et les inondations « pourraient entraîner le déplacement des crocodiles ».
Pour accompagner de très fortes pluies, les vents étaient d’une force inouïe. Un avion de l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA) avait ainsi enregistré des vents à 113 m/s soit près de 407 km/h dans l’œil de l’ouragan. « J’ai eu du mal à y croire », écrirait sur X Andy Hazelton, présent dans le vol, en s’inquiétant de dégâts à venir possiblement « dignes d’une tornade ».
Melissa était, selon une analyse des données météorologiques de l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA), la tempête tropicale la plus puissante de 2025 dans le monde entier. Certains la qualifient déjà de tempête du siècle. Avec notamment des vents de près de 300 km/h en Jamaïque, c’est plus violent en termes de vitesse des vents (298 km/h) et de pression (892 millibars), que le cyclone Errol, les ouragans Erin et Humberto et le typhon Ragasa.
« C’est une situation extrêmement dangereuse et menaçante ! »
Comme pour mieux souligner les dangers qui guettaient tout le pays, Usain Bolt, la super star de l’athlète et idole de tout un peuple, enjoignait mardi dans l’après-midi (le soir en France) sur X ses compatriotes à rester « en sécurité » et partageaient également des contacts d’urgence et des cartes montrant la progression de l’ouragan. Un écho au bulletin diffusé sur le site du Centre national des ouragans américain (NHC), qui rappelait sûr aux habitants la nécessité de rester en sécurité dans un « endroit », face à des « vents catastrophiques, des inondations soudaines » et une « onde de tempête ». « C’est une situation extrêmement dangereuse et menaçante ! », avertissait le NHC mardi après-midi.
Protégez-vous en Jamaïque 🇯🇲 🙏🏿
– Usain St.Léo Bolt (@usainbolt) 28 octobre 2025
Plusieurs spécialistes avaient alerté dès mardi matin sur les risques de coulées de boue, de glissements de terrain. D’autant que, comme l’expliquait Stéven Tual, météorologue pour Temps Breton, que « la Jamaïque est un pays où il y a des reliefs ». « Ces prélèvements vont ruisseler et vont générer des dégâts catastrophiques », poursuivait le météorologue.
La télévision publique PBCJ TV diffusait en boucle des messages de prévention, communiquant régulièrement les numéros des coordinateurs des secours de chaque zone.
« Le bruit du vent est terrifiant », témoignerait au Parisien Carlene, sexagénaire qui vit seule dans le secteur de la paroisse de Saint-Andrew, à l’est de Kingston, alors que l’ouragan n’était qu’en approchant. Avant d’ajouter : « J’ai des réserves de nourriture et d’eau pour une semaine ou plus, ainsi que des bougies, des piles et des lampes. J’ai rechargé tous mes téléphones. » Elle s’inquiétait parce que certaines fenêtres de sa maison pouvaient supporter un ouragan de type 4, mais n’étaient pas prévues pour un phénomène de type 5.
« Il fait rarement mauvais dans la région où je me trouve, mais là, le vent est violent. Il hurle et siffle », confiait Jay (30 ans), angoissé, depuis Portmore, ville de la côte sud de la Jamaïque, directement exposé à Melissa.
Plus de 168 000 personnes évacuées à Cuba
Coralie et sa famille, confinées sans eau ni électricité à Montego Bay, sur la côte nord, ne voulaient pas se plaindre. Après avoir traversé l’île et ses plages de sable fin pendant deux semaines, cette assistante maternelle relativisait quand on l’a contactée à 17 heures (heure française) alors que le gros de l’ouragan n’était pas arrivé : « Nous sommes dans une maison en sécurité. Ce qui n’est pas le cas de beaucoup d’habitants. » Coralie et les siens, « pressés de rentrer », devaient quitter l’île jeudi pour rejoindre la France.
Rébecca (le prénom a été changé) était plus angoissée. « On nous avait dit que ce serait un orage, nous pensions que ce serait mineur », racontait la Britannique de 35 ans, débarquée en Jamaïque pour les vacances depuis samedi avec son meilleur ami. Sauf qu’à peine arrivés, les touristes n’ont plus été autorisés à sortir de leur hôtel de Montego Bay. « Ce devait être des vacances de rêve, nous avions prévus plein de choses, ça a tourné au cauchemar complet », disait l’habitante de Birmingham confinée dans sa chambre d’hôtel. 25 000 touristes se trouvent actuellement en Jamaïque.
À 21 heures (heure de Paris), Melissa avait été rétrogradée en catégorie 4 avec des vents de 241 km/h, selon le Centre national des ouragans américain. L’œil du cyclone se trouvait à environ 16 km au sud de Montego Bay, en Jamaïque, et avait un peu accéléré, se dirigeant vers le Nord-Est à 13 km/h. Les ravages qu’il a causés en Jamaïque sont « catastrophiques », a déclaré à CNN Matthew Samuda, faisant état d’inondations dans toutes les régions ainsi que de « graves dommages aux infrastructures publiques ». Des hôpitaux ont ainsi été endommagés.
Alors que l’ouragan devait ensuite toucher Cuba, plus de 168 000 personnes avaient déjà été évacuées de Santiago de Cuba, l’une des cinq provinces sous alerte ouragan, selon les autorités cubaines.
Si aucun bilan humain supplémentaire n’était parvenu mardi à 23h30 (heure de Paris), le directeur du Centre national des ouragans américain déclare qu’il pourrait falloir « des jours, voire des semaines » pour évaluer pleinement les dommages en Jamaïque. Selon Daryl Vaz, ministre jamaïcain de la Science, de l’Énergie, des Télécommunications et des Transports, des vols de secours transportant de la nourriture et d’autres aides pourraient commencer dès jeudi.











